[2 minutes pour comprendre] #3 : Le mot d'une administratrice

@LES FOYERS CONFINES

Nadine Davous, administratrice des Foyers Matter, est médecin et docteure en éthique. Dans un court essai spécialement écrit pour la Lettre de Matter, elle nous livre , au-delà de son regard percutant, une véritable réflexion sur ce que représente le masque dans nos sociétés et sur ce qu'il dit de soi, de l'autre, de nous.

Bonne lecture !

Epidémie de Covid-19. L’altérité à l’épreuve du masque.


Avec la pandémie virale, on n’a jamais autant parlé de « masque », dans notre pays qui n’en a pas vraiment la culture (si ce n’est de masquer parfois la vérité…). Voyons un peu !


Le masque (« personna » des latins) était utilisé depuis l’antiquité, par les acteurs : le masque, fortement expressif, « disait » le personnage joué au théâtre, et ses sentiments, émotions. En Afrique, les masques permettaient aux hommes investis d’un rôle, d’un pouvoir, d’entrer en relation avec les esprits lors de cérémonies rituelles très codifiées… Et dans d’autres pays la tradition du masque grotesque de carnaval permet encore de conjurer le mal, ou de transgresser les codes sociaux… Et si nous regardons les coutumes de notre pays, nous constatons que le masque a plutôt une connotation négative… c’est le « faux visage » du démon, de la sorcière, du spectre même, quand ce n’est pas le masque mortuaire moulé sur le visage du défunt… il est volontiers ridicule, ou effrayant… mais enfants et adultes aiment à le sortir en certaines occasions !


Ainsi, par son apparence trompeuse, le masque étonne, interroge, sème le doute ; on n’est pas censés en porter et on a même légiféré contre tout ce qui peut masquer l’identité d’une personne (notamment le masque noir du voile islamique intégral)… en France on vit à visage découvert !!


Mais tout n’est pas si simple, car le masque peut aussi être protecteur : le joueur d’escrime, l’apiculteur, le motard, l’ouvrier soudeur, le sculpteur, portent des masques sans parler du masque à gaz ou des masques « réparateurs » des Gueules cassées de la Grande guerre !


Et c’est dans ce contexte de « guerre » contre un virus inconnu et mortifère que surgit le masque - nous dirons - « médical »… Masque prestigieux et symbolique du chirurgien, du réanimateur, du soignant, qui protège son patient avant de se protéger soi-même… masque plus inquiétant du patient contagieux qui protège son environnement… une habitude chez nos amis asiatiques, une pratique si peu commune en Europe, où il suscite plutôt méfiance, inquiétude !


En cette période de pandémie sévère, tout a été dit ou presque sur la pertinence du port du masque, mais l’on pourrait légitimement se poser une autre question : est-ce si anodin de « porter un masque » ? Qu’acceptons-nous, que voulons-nous dissimuler de nous-mêmes derrière le masque, « médical » ou artisanal, et que donnons-nous à voir? Quel personnage jouons-nous ? Ou aimerions-nous jouer ? Qui et que protégeons-nous ? Faisons-nous partie des héros soignants largement médiatisés ? Faisons-nous partie des héros de 2ème classe, à qui des masques moins efficaces sont distribués avec parcimonie pour des actes quotidiens auprès de populations très fragiles ? Sommes-nous des « contaminés » qui protègent leur entourage ? Des probablement guéris ? Des sujets vulnérables ? Des suspects de contaminer les autres (puisqu'on porte un masque, il y a bien une raison) ? … Ou sommes-nous des citoyens qui souhaitent juste par un « geste barrière », humble geste civique, attester d’une participation active à la lutte contre le virus (quitte à se fabriquer un masque « alternatif » de fortune, à l’efficacité douteuse !) ? Ou encore une forme de dérision, avec un masque digne de carnaval, quand ce n’est pas le refus de le porter pour afficher liberté et individualisme auxquels on tient par-dessus tout ?


Oui, toute cette polémique autour du masque est peut-être plus complexe qu’une simple question de fabrication et d’approvisionnement. Le masque nous renvoie à la question de l’identité et de l’altérité : qui protégeons-nous ? Soi-même comme un autre, selon l’expression de Paul Ricoeur ? Et plus profondément au fond de nous-même : en sortant masqué, quel aveu d’impuissance, quelle défiance envers celui qui pourrait nous contaminer ? Cette pandémie nous ramène à notre vulnérabilité humaine, le port du masque peut exprimer toutes ces démarches, de secours comme d’hostilité, mais n’empêche pas d’exprimer par un simple sourire (avec les yeux !) la relation à l’autre… Tous masqués, au risque de la fraternité, ou tous masqués car tous frères ?


Nadine Davous, administratrice

24 avril 2020

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